10:00| | Prédications | Emmanuel Fuchs

Luc 2, 1-21 ; Esaïe
55.6

Luc 2, 1-21 ; Esaïe 55.6                       Cathédrale St Pierre                            Noël 2019

Et si effectivement Noël était tombé cette année le 17 mai ; cela semble complétement absurde j’en conviens mais ce conte a le mérite de nous poser cette question saugrenue ; car Noël un 17 mai, arrêtons-nous deux secondes pour y réfléchir, ça changerait tout … On serait complétement chamboulés et probablement très contrariés, mais ce serait peut-être aussi une chance de nous obliger à regarder ailleurs, autrement, de sortir des sentiers battus ; nous nous sommes tellement habitués à Noël et son cortège de traditions.

Alors non je vous rassure, Noël ne tombera jamais le 17 mai et c’est tout aussi bien ainsi parce qu’il est bon aussi de se laisser porter par cette belle tradition et tout ce qui entoure cette fête qui reste, qu’on soit croyant ou non, un des points culminants de notre calendrier annuel.

Et pourtant il nous faut essayer de garder à Noël, malgré tout ce qui est prévu, programmé, attendu le goût de la surprise et de l’inattendu même si cela finit toujours par tomber le 25 décembre. Car Noël, malgré toutes ces traditions, doit demeurer la fête de la surprise la plus totale. Or ça, c’est difficile ; car au fil des ans, des siècles, on a perdu le côté tellement non conventionnel que Dieu vient manifester à Noël : un petit qui est Dieu, un Dieu qui est petit ! Cela est contraire à tout ce que nous les humains  nous projetons sur Dieu, que ce soit au 1er siècle ou 2000 ans plus tard.

Derrière ces quatre lettres du mot « Dieu », il est difficile de savoir ce qui se cache. Personne n’a jamais vu Dieu. Le Dieu que nous projetons, nous le pensons, doit par définition être celui qui va pouvoir résoudre nos problèmes, répondre à nos attentes ; il doit être tout-puissant. Or à Noël, Dieu se manifeste sous les traits d’un faible enfant dans les bras de sa mère, d’un exilé menacé par la violence des hommes. Nous sommes à mille lieues de ce « Bon Dieu » qu’on ne cesse d’interpeller pour qu’il vienne aujourd’hui encore mettre de l’ordre dans le monde et faire cesser toute souffrance.

Ce récit de Noël, dans toute sa dimension symbolique et théologique, préfigure en quelque sorte tout l’Evangile qui va suivre, un Evangile qui ne va cesser de nous dérouter tant la figure du Christ révolutionne tous les rapports entre Dieu et l’humanité. Et le Christ paiera au prix de sa vie cette audace.

La Grande Nouvelle de Noël, c’est qu’en cette nuit-là tout est donné : le Seigneur vient à notre rencontre. Il est là ; il se laisse approcher, trouver. Mais il nous appartient d’ouvrir les yeux et de prendre le temps de la recherche, car ce Dieu si proche ne veut jamais s’imposer à nous par évidence. La foi appartiendra toujours au registre du désir, de l’attention, de la quête inassouvie.

Noël par son message vient nous rappeler cette proximité déroutante de Dieu, cet Emmanuel, ce Dieu avec nous ! Oui tout est donné, tout est là et pourtant il nous faut encore et toujours aiguiser notre regard, car Dieu n’est pas figé, il n’est pas statufié, on ne peut le visiter comme on visite un monument ou un musée. On ne peut le visiter ni à la crèche, ni sur la croix et encore moins au tombeau. Il va, il vient à notre rencontre là où on ne l’attend pas, quand on ne s’y attend pas.

C’est ce qui est magnifique avec cet Evangile, c’est que cette recherche spirituelle elle est à la fois sans fin, et donc jamais aboutie et pourtant si facile, à portée de tous et non pas réservée pour quelques maitres de sagesse. Dire que la quête de Dieu est sans fin pourrait être décourageant car c’est un peu comme en montagne quand on a passé un col et qu’on croit qu’on est arrivé au sommet et qu’on découvre qu’il y a encore une vallée et tout un chemin à parcourir. La quête de Dieu en ce sens est infinie, mais elle n’est pas décourageante, car comme le dit ce beau verset d’Esaïe « recherchez le Seigneur, puisqu’il se laisse trouver ; appelez-le puisqu’il est proche. » Le Seigneur joue en effet très mal à cache-cache avec nous… Du moment que Lui nous a trouvé il n’a qu’une envie : que nous le trouvions à notre tour. Et c’est pourquoi il se laisse trouver ; il est toujours à même de nous écouter car il demeure proche, infiniment proche de nous. L’Evangile ne se veut pas une quête spirituelle compliquée, au contraire d’autres chemins spirituels semés d’épreuves, de coûts financiers, d’ascèse. Je me souviens de quelqu’un qui un peu dépité me disait avoir tout essayé en matière de chemins spirituels plus ou moins compliqués, plus ou moins couteux, plus ou moins exigeants, j’ai eu envie de lui répondre : « essayez Noël ! », c’est si simple, c’est à portée de main pour qui ouvre son cœur.

Comme le dit le Christ lui-même en Matthieu 11 quand il loue son Père d’avoir révélé cette vérité aux tout-petits et de l’avoir cachée aux sages et aux intelligents. Nous ferons jamais le tour de la question de Dieu, et c’est tant mieux, mais cela ne fait pas pour autant de Dieu un Dieu lointain ou inatteignable. Dieu se veut simple, proche, accessible, comme un nouveau-né. Certes il faut le chercher, mais avec cette assurance qu’il se laisse trouver. Mais aujourd’hui, nous sommes souvent nous-mêmes comme les personnages symboliques du récit de Noël. Nous sommes comme les prêtres enfermés dans nos traditions ou trop habitués à voir les choses toujours de la même manière, nous avons perdu le goût de la surprise ou de l’inattendu. Nous sommes encore comme le fameux aubergiste qui est trop affairé, certainement pour plein de bonne raisons, mais qui du coup n’a pas l’attention requise pour déceler les signes de cette présence complétement décalée du Seigneur qui pourtant passe dans sa réalité quotidienne. Seuls les bergers demeurent attentifs, car ils sont tenus de veiller, car l’inattendu, eux ils le surveillent, car il peut menacer leur troupeau. Mais rien de redoutable ce soir-là ; seulement cette extraordinaire nouvelle d’un Dieu qui se fait proche et les rejoint au cœur de leur réalité … ou presque car ils doivent quand même accepter de se déplacer de faire ces quelques pas de côtés pour découvrir cette grâce de Dieu. Dieu toujours se donne, se révèle, mais jamais par évidence. Pour le trouver il faut accepter de se décaler, de se déplacer, de quitter ses habitudes, de faire au moins un pas de côté, car au fil des ans, des habitudes, des manières de penser ou de croire, des obstacles se sont amoncelés sur notre route qui obstruent notre regard ou de conforts qui amollissent notre quête et nous rendent moins attentifs.

Noël, c’est la fête du Dieu qui veut nous surprendre, nous devons donc demeurer attentifs, tendus vers lui (comme le chante le psaume 25).

Mais voilà alors que nous ne cessons de réclamer sa présence, de le trouver trop distant, trop lointain, indifférent aux souffrances du monde, nous qui le supplions d’intervenir pour régler la marche du monde ou de notre vie, le voilà qui vient, celui que nous appelions de nos vœux. Il est là, il vient comme un enfant fragile emmailloté dans ses langes. Et nous peinons alors à reconnaître ce signe, signe que Dieu nous exauce à sa manière, au-delà même de ce que nous attendons. Non pas un Dieu fort qui vient nous sauver, mais un enfant  à prendre dans nos bras, non pas un Dieu de la sécurité, mais un enfant menacé dès sa naissance par la violence des hommes. Oui nous devons sans cesse aiguiser notre regard, car ce Dieu-là est le Dieu des basculements les plus inattendus.

Car en arrivant comme l’un d’entre nous, Dieu tout à la fois se cache et se révèle. Il est invisible non parce qu’il se cache mais parce qu’il se fait si proche de  nous que nous peinons à le reconnaître dans notre réalité la plus quotidienne. Alors oui : « recherchez le Seigneur, puisqu’il se laisse trouver ; appelez-le puisqu’il est proche. » mais soyez prêts à vous laisser surprendre que ce soit le 17 mai ou le 25 décembre.

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