10:00| | | Emmanuel Fuchs

Matthieu 8, 23-27 ; Ap
3.21:22.13

« Je crois bien qu’il y a quelque chose au-dessus de moi »…souvent nous entendons cette phrase, peut-être l’avons-nous même utilisée. Rien de mal à ça, bien au contraire, c’est la première démarche vers la reconnaissance que l’être humain n’est pas tout ; premier pas vers la reconnaissance de l’existence de Dieu.

Et du reste lorsque nous prions, la prière même que Jésus nous a enseignée nous nous adressons à Dieu qui est au ciel « Notre Père qui es aux cieux… ». Confesser le Dieu qui est au ciel, c’est affirmer que Dieu nous dépasse, qu’on ne peut le tenir enfermé, pas même dans l’idée ou les représentations que nous ne faisons de lui.

Mais si l’on se contente d’admettre Dieu comme une force supérieure, ne risque-t-on pas de faire de Dieu un être lointain et impersonnel, un Dieu si éloigné et diffus que finalement sa force en devient inopérante ? Lui en haut et nous en bas…

Nous tous qui sommes réunis ce matin dans cette cathédrale, nous formons une communauté bigarrée, diverse ; nous sommes venus avec nos joies ou nos soucis, et notre cheminement, notre parcours de vie et de foi est toujours unique ; mais ce que nous avons en commun, si nous sommes là réunis ce matin, c’est que d’une manière ou d’une autre nous cherchons Dieu.

Peut-être même que certains d’entre nous ont le sentiment de l’avoir trouvé ou du moins d’avoir vécu par instant ces moments de grâce où l’on sent la présence de Dieu tout près de nous ; mais la présence de Dieu, c’est comme l’eau qui coule entre nos mains, nous ne pouvons la retenir.

Etre croyant, c’est être chercheur et j’ai envie de dire un chercheur qui ne peut jamais être pleinement satisfait ou comblé. Emmanuel, mon collègue, le rappelait dimanche dernier, être croyant ce n’est pas quelque chose de confortable, car cette quête n’est jamais comblée, il faut constamment demeurer curieux, attentif, en alerte.

A l’Ascension, aux disciples qui restent les yeux rivés vers le ciel, l’ange les invite à retrouver leur vie ordinaire, car c’est là leur dit-il que le Seigneur les attend. On aurait donc tort de chercher Dieu au ciel ou de le situer dans des régions inaccessibles. Ce sont les propriétaires de sagesse qui l’ont ainsi éloigné pour mieux asseoir leur autorité. En Christ si Dieu est né sur la terre, c’est bien parce qu’il voulait établir sa demeure parmi les vivants. Je suis d’accord avec Youri Gagarine, le premier cosmonaute soviétique qui avait déclaré après son premier vol spatial que Dieu n’existait pas car il ne l’avait pas vu au ciel. Dieu n’est pas au ciel, certes, mais c’est parce que c’est sur la terre, qu’il se tient incognito, discret, caché. C’est là au creux de notre vie qu’il faut partir à sa recherche. Et pour poursuivre dans les citations d’astronautes, James Irwin un des douze hommes à avoir marché sur la lune a dit : « le plus grand miracle ce n’est pas que l’homme ait marché sur la lune mais que Dieu ait marché sur la terre… »

Très souvent la démarche spirituelle tend à proposer à l’être humain de s’élever vers Dieu, vers un monde spirituel qui nous permettrait de prendre de la distance, de la hauteur par rapport à notre réalité terrestre, mondaine. Mais tout cela n’est qu’illusion, vent. Cette tentative s’apparente à celle du fakir qui lance sa corde en l’air et prétend pouvoir y grimper.

Mortels nous sommes, humains nous sommes, terriens nous sommes, c’est là au cœur de notre réalité, de nos faiblesses, de nos limites que nous devons vivre et agir, mais c’est là aussi que nous devons chercher Dieu.

Dieu n’attend jamais de nous que nous grimpions à lui. Le Dieu que nous confessons n’est pas un Dieu qui est resté là-haut dans sa majesté solitaire, mais dès le début, dès l’histoire d’Adam et Eve on voit dans les récits bibliques combien Dieu est un Dieu qui cherche la relation avec les êtres humains, un Dieu qui vient à la rencontre. Un Dieu qui nous prend, reprend, surprend… A l’image des baptêmes célébrés, un Dieu qui fait alliance.

Alors la question que l’on peut se poser est celle de notre marge de manœuvre, de notre liberté. Toute notre société est construite autour de cette pensée que l’humain peut se suffire à lui-même, que pour être fort et indépendant, il ne faut rien devoir à personne ; il faut pouvoir se débrouiller seul. Certes cela n’est pas tout faux, et c’est bien le premier objectif des parents que d’élever leurs enfants dans le but de les rendre indépendants; mais de là à penser qu’on va pouvoir construire sa vie sur ses seules compétences, ses forces, sa volonté, il y a une grande différence. Beaucoup, et je le vois régulièrement à travers le ministère pastoral, construisent leur vie autour de cette prétention, de cette illusion, à vouloir par eux-mêmes donner son sens à leur vie et être en quelque sorte leur propre fondement. Mais un jour, un grain de sable vient déranger cette belle mécanique, ce peut être une maladie, un deuil, un échec professionnel ou conjugal et tout ce sur quoi reposait la vie s’effondre ; ces tempêtes-là de la vie nous en affrontons tous des plus ou moins violentes et nous mesurons à quel point parfois nos moyens sont limités.

J'aime ce récit de la tempête apaisée où l'on voit les disciples, ramer – c'est le cas de dire – contre les vents contraires. Ils y mettent toute leur force et leur savoir-faire, mais rien n'y fait : ils doivent se rendre à l'évidence, seuls ils n’y arrivent pas, ils ont besoin d'aide, de l'aide de Jésus-Christ pour affronter cette tempête et c'est là qu'ils mesurent que leur vie ne peut reposer que sur leurs compétences, mais qu'elle est aussi et d'abord entre les mains de Dieu.

Dans tout parcours de foi, c'est là une question fondamentale, c'est peut-être la première question qu'il faut résoudre pour se mettre dans une position où l'on va pouvoir se rendre réceptif à l'amour de Dieu : suis-je mon propre maître ? Autrement dit, puis-je me débrouiller tout seul ou ma vie repose-t-elle sur un fondement qui me précède et me dépasse ? Lorsque Jésus dit qu'il est l'alpha et l'oméga c'est bien de cela qu'il parle. Il y a quelque chose qui précède ma vie et quelque chose qui la dépasse ; je ne suis pas mon propre fondement.

Chercher Dieu ce n’est donc pas vouloir s’élever au-dessus de ma réalité, mais reconnaître qu’au cœur même de ma vie Dieu se cache, Dieu est présent et que c’est là que je dois le chercher. Cela me fait penser à cette femme que j’ai rencontrée qui à l’âge adulte avait pris ses distances par rapport à l’Eglise, à l’Evangile ; mais sa soif spirituelle, son besoin de paix l’a incitée toute sa vie à chercher Dieu et elle l’a cherché dans toutes sorte de lieux et de spiritualités, allant jusqu’à l’autre bout du monde pour suivre tel cours ou rencontrer tel maitre de sagesse et finalement après tout ce parcours, elle a redécouvert dans l’Evangile la proximité de Dieu ; et elle me disait : « J’ai cherché Dieu au loin, alors qu’il était juste là à côté de moi, il n’y a qu’à ouvrir l’Evangile… »

J’aime beaucoup l’image de Dieu que donne le récit de la tempête apaisée : il est présent avec ses disciples dans la barque, au beau milieu de la tempête. Il aurait pu rester à quai et les regarder se débrouiller seuls face à la tempête. Mais il se « mouille avec eux ». Cela révèle combien Dieu n’est pas un Dieu distant ou distrait, un Dieu indifférent à notre sort ; bien au contraire il révèle un Dieu présent et engagé au cœur de l’humanité.

La barque pour les premiers chrétiens, c’est l’image de l’Eglise, c’est aussi le symbole de notre vie, de toute vie qui nous mène et qui doit parfois traverser des tempêtes si violentes que nous n’arrivons plus seuls à garder le cap. Et là croire qu’il y « quelque chose au-dessus de moi » ne suffit pas. Croire, c’est avoir cette confiance que Dieu s’est engagé à mes côtés dans mon aventure humaine C’est exactement ce que nous avons symboliquement manifesté avec les baptêmes d’Aria et Elliott. Et ce sera à eux Aria et Elliott comme c’est le cas pour nous, de découvrir au fil de leur vie cette proximité aimante de Dieu.

Mais comme les disciples confrontés à la tempête ne comprennent pas Jésus ou plutôt s’étonnent de son apparente indifférence ou insouciance, nous aussi nous avons parfois l’impression que Dieu est loin, que Dieu nous a oubliés ou abandonnés, qu’il est resté au ciel indifférent à ce qui arrive ici-bas.

Mais Dieu nous fait cette promesse en Christ : Dieu fait alliance avec l’humanité et avec chacune et chacun de nous en particulier. Dieu n’est jamais indifférent : il est là au cœur de toute vie. A nous de partir à sa recherche, non pas en levant les yeux au ciel, mais en regardant au fond de notre barque. Alors je vous le concède bien volontiers : chercher Dieu n’est pas facile, le trouver encore plus difficile. Mais croire, c’est précisément avoir cette confiance que ce n’est pas parce que je ne le vois pas que Dieu n’est pas présent. Croire, c’est donc être constamment en alerte pour discerner les signes de la discrète présence de Dieu au creux de ma vie. Croire, c’est descendre au plus profond de soi pour y découvrir combien Dieu a déjà fait de ma vie sa demeure. Croire ce n’est finalement pas tant chercher Dieu, mais avoir cette confiance que c’est Dieu qui le premier nous as trouvés. « Je me tiens à la porte et je frappe ». Un Dieu qui ne cesse donc de venir à notre rencontre, nous trouver là où nous sommes. Nous n’avons pas le choix d’être aimés par Dieu, nous n’avons pas le choix de laisser Dieu nous approcher. Un Dieu qui se tient proche sans pour autant forcer notre porte. C’est notre responsabilité et notre liberté de lui ouvrir ou non la porte pour que sa présence puisse pleinement bénir notre vie et que nous puissions affronter tout ce que la vie nous réserve de beau ou de difficile avec cette confiance absolue que Dieu est engagé avec moi, qu’il est monté dans ma barque.

Amen

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