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10:00| | Prédications | Emmanuel Fuchs

Matthieu 2, 1-12 / Epiphanie
2020

Matthieu 2, 1-12                           Epiphanie 2020                         Cathédrale St Pierre

S’il y a une histoire bien connue, on du moins le croit-on, c’est bien celle des trois rois mages. Il n’y a pas une crèche qui se respecte sans qu’on y voie les trois rois et leurs chameaux. Rarement une histoire biblique n’aura autant inspiré les peintres et la tradition populaire.

Mais ce texte est étonnant et réserve bien des surprises. « Jésus étant né », c’est par ces  trois mots que le texte commence. Ce sont les seuls qui dans l’Evangile selon Matthieu parlent de la naissance. L’affirmation est ainsi posée : Dieu nous a rejoints ; tout est dit ; l’aventure peut commencer mais on constate que la famille de Jésus est étrangement passive dans ce récit. Joseph n’est même pas mentionné. Quant à Jésus, il est simplement dit qu’il est avec sa mère. On est bien loin des récits miraculeux relatant la naissance de grands personnages qui agissent dès leur naissance de manière singulière. Là, le premier rôle est tenu par ces personnages étranges, étrangers sans nom qui viennent se prosterner devant l'enfant Jésus anticipant par leur geste ce que l'humanité entière sera invitée à faire, comme le dit le bel hymne dans l'épître aux Philippiens : « afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux et sur la terre ». Ils reconnaissent la grandeur du Seigneur-Dieu dans la petitesse de cet enfant et se prosternent ... à la différence des autorités personnifiées par Hérode qui le rejettent et cherchent déjà le faire périr. Tout l'Evangile est comme préfiguré dans ce récit. Il y a les étrangers, en tout cas ceux qui ne font pas partie des personnes installées et dûment qualifiées pour reconnaître le Messie, qui viennent adorer le Seigneur et les autorités qui jusqu'à la croix chercheront à le tuer.

Tout le texte est construit autour de cette opposition très nette entre les mages d'un côté qui viennent de loin pour adorer le Seigneur et les autorités politiques et religieuses de l'autre qui cherchent à s'en débarrasser.  A la nouvelle qui lui parvient Hérode est troublé nous dit le texte; il s'enquiert auprès des plus hautes autorités pour découvrir ce qui se passe ... mais il ne comprend pas ou ne veut pas reconnaître ce qui est en train de se jouer tellement il est installé dans ses certitudes et la crainte d'être ébranlé dans son pouvoir. Les mages eux, c'est tout le contraire : comme de bons astronomes, ils sont spécialistes des étoiles et passent leur vie à scruter le ciel (à notre époque ils auraient peut-être reçu le prix Nobel de physique comme nos deux astrophysiciens genevois !). Ils auraient pu, ils auraient même dû trouver une explication rationnelle à la venue de cette étoile ... ce que ne se sont pas gêné de faire de nombreux commentateurs dans les siècles suivants cherchant à tout prix à expliquer la venue de cette étoile particulière par une explication rationnelle et scientifique (certains ont même voulu y voir là le premier passage de la comète de Halley !). Mais ces mages n'en font rien. Le mérite des mages n’est pas d’avoir observé une étoile, après tout c’est leur métier, mais de s’être mis en route au nom de ce qu’ils ont vu. Ils ne confondent pas leur travail et l'adoration du Seigneur ou plutôt c'est de leur travail, de leur observation régulière des phénomènes astronomiques qu'ils en viennent à se prosterner devant le Seigneur, plus grand et plus lumineux que toutes les étoiles réunies! Ils ne cherchent pas d'explication logique, mais ouvrent leur cœur en même temps que leurs trésors. La démarche de ces savants nous rappelle que la curiosité est un élément indispensable à la quête spirituelle. Le drame qui étouffe toute démarche de foi est le sentiment d’être arrivé, de ne plus rien attendre.  C’est à la fois l’attitude du sceptique qui estime qu’il n’y a rien à chercher parce qu’il n’y a rien à trouver et celui du dogmatique qui estime qu’il n’y a rien à chercher parce qu’il a tout trouvé. Les mages ne sont ni indifférents ni suffisants ; ils sont en quête.

Les mages se comportent à la fois comme des scientifiques avertis qui scrutent, étudient, se renseignent mais qui ont pourtant cette fraicheur du cœur qui leur permet à un moment de quitter le domaine des explications ou du raisonnement pour accepter celui de l’adoration pure et simple qui cherche à croire avant de comprendre ou d’expliquer.

Comme le dit Singer dans ce beau texte que vous trouvez sur le feuillet : « pour celui qui sait voir la terre est un réservoir inépuisable de marques divines imprimées dans la réalité humaine. Mais pour cela il faut la foi, c’est-à-dire le désir ardent de chercher et la confiance irréversible en Dieu. Croire permet de voir les traces de Celui que l’on cherche, explore avec passion. Celui qui ne cherche pas ne saurait voir les traces de Celui qu’il a éliminé de son champ de vision. Croire  met de l’acuité dans le regard : là où certains ne voient que des événements ou des faits divers, l’explorateur de Dieu dévoile des lettres permettant de lire l’Evangile de Dieu ». Mais alors qu’ils croient leur quête aboutie, les mages doivent encore accepter d’être déplacés, remis en route, décontenancés ; la maison où demeure Jésus ne ressemble pas à la demeure d’un roi. Leur quête les a conduits à ouvrir les yeux sur ce que peu de leurs contemporains ont vu : le roi caché sous les traits d’un nourrisson.

J’aime cette image des mages qui combinent si bien raison et foi, quête et adoration. La foi a besoin de raison. Sans leur étude minutieuse, les mages ne se seraient pas mis en route. La spiritualité, par fidélité à la révélation de Dieu, a besoin d’être critique, d’observer et de comprendre les signes du temps présent. La foi n’est jamais prisonnière d’un dogme ou figée, arrêtée. Le monde dans lequel nous vivons évolue, change et il ne s’agit pas pour notre quête spirituelle de suivre servilement le monde, mais d’accepter que le monde changeant nous pose parfois les questions différemment. Une vérité d’un jour ne sera pas toujours celle du lendemain et il nous faut donc, comme les mages être constamment en alerte, d’autant que Dieu peut bien choisir de se manifester de manière surprenante au-delà de ce que nous concevons ou imaginons. Il faut donc être constamment en quête, mais après le temps de la quête doit venir celui de l’adoration. On ne peut passer sa vie à étudier, à lire, à scruter si à un moment donné on ne s'arrête pas pour adorer avec un cœur ouvert, un cœur d'enfant, en acceptant de ne pas tout comprendre, on passera finalement à côté du plus important.

            A l'image de ces cadeaux offerts par les mages, il y a un moment où il faut se prosterner et accepter de ne pas garder pour soi dans des coffres bien verrouillés ce qu'on a de plus cher. Il faut accepter de s'ouvrir devant le Seigneur pour recevoir de Lui bien plus qu'on ne peut lui offrir. La foi se joue dans un travail de discernement, on la dit, indispensable mais surtout dans ce coram Deo (ce face à face avec Dieu), une forme de lâcher prise où l'on ne cherche plus à comprendre mais à se laissé saisir tout entier par l'amour de Dieu, un amour qui, comme l'étoile, éclaire à jamais notre vie, un amour qui nous conduit ... mais qui ne nous dispense pas pour autant de continuer à réfléchir : le texte nous le dit bien quand on apprend  que les mages s'en sont repartis par un autre chemin. Ils n'ont pas succombé à une certaine pieuse naïveté ... mais ont continué à réfléchir, à écouter, à scruter les signes pour savoir comment vivre et que faire.

Car l’adoration ne doit pas nous éblouir au point de perdre la raison. Les mages ont bien compris les intentions d’Hérode, ils continuent de réfléchir et de discerner les signes du temps et s’en retournent donc pas un autre chemin.

Alors frères et sœurs, en ce début d’année, alors qu’il est encore temps de prendre de bonnes résolutions, je nous invite à la suite des mages à vivre notre foi comme une saine combinaison de raison et d’adoration. L’Etoile indiquait le lieu de la naissance de Dieu, un endroit de la terre où Dieu a choisi de s’incarner. Aujourd’hui d’autres étoiles, ailleurs autrement, pour qui sait scruter les signes du temps, pour qui sait voir et cherche à voir, continuent de manifester la présence de Dieu incarnée en tous ces lieux où les humains manifestent l’image de Dieu qui est en eux à travers leurs actes et leurs paroles.

Oui n’oublions jamais de scruter, de chercher à voir, comprendre et à discerner la présence du Vivant parmi nous, mais que cette quête, cette intelligence de l’esprit et du cœur ne nous éloigne pas de l’essentiel, mais au contraire nous y conduise : à savoir se mettre à genoux devant le Seigneur pour l’adorer et reconnaître combien nous recevons de lui pour notre vie bien plus que tous les trésors que nous pourrons jamais lui offrir.

Amen

 

 

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